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Diapason # 728 (12/2023)
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001 Notes


 

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Analyste: Paul de Louit

 

Au cœur de ce premier disque consacré à Bach et à Rachmaninov, Guilhem Fabre a placé les trois mouvements de la Partita pour violon seul no 3 du Cantor, transcrits pour piano par le maître russe : un Bach qui ne serait ni de son temps ni d'une modernité à venir mais qui serait, « dans un concentré d'émotions », nous dit-il, le premier romantique.

 

Ainsi lue à la lumière non des affects mais du sentiment, la dernière Partita de la Clavierübung I se trouve moins dramatique que puissamment lyrique : bien que sans nulle faute de style, les tempos recueillis détournent l'oreille de la référence à la danse pour maintenir l'attention sur l'intensité mélodique ; la Toccata est conçue comme une Ouverture à la française dont la fugue ne contrasterait pas avec le début mais en prolongerait la gravité cérémonielle et quasi religieuse.

 

La même intériorité se dégage de la Sonate no 2 de Rachmaninov, dont Fabre choisit la seconde version, plus concentrée. N'y attendez pas les fracas d'un Horowitz : c'est, de bout en bout des trois mouvements, le fil de la mélodie que suit, là encore, l'interprète. Il souligne comme piliers de la construction le second thème chromatique du mouvement initial, élément cyclique auquel il donne un caractère de quasi-choral, et le thème nostalgique du mouvement lent. Jusque dans les tumultes de cette œuvre passionnée, il parvient à tirer de son piano, qu'il timbre magnifiquement dans l'acoustique de l'Arsenal de Metz, « des sons d'orgue mourant et de cloches lointaines » (Baudelaire).



 

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