Outil de traduction (Très approximatif)
Translator tool (Very approximate)
Analyste:
Jean-Luc Macia
Le fracas
des fusils, les tambours, les chants désunis des soldats ivres, la
plainte des blessés : la Batallia de Biber dresse un des tableaux sonores
les plus exaltants de l’âge baroque. On se souvient encore du choc que nous
procura jadis l’enregistrement spectaculaire et novateur de Nikolaus
Harnoncourt, relayé par une version tout aussi décapante de Goebel, puis par
celle plus sophistiquée de Savall : le Ricercar Consort se montre encore plus
haut en couleur, et atteste que la virulence des effets (ce violone‑tambour)
n’est aucunement incompatible avec leur splendeur. Si cette Bataille dure
trois minutes de plus que chez Harnoncourt, c’est que Pierlot et ses complices
effectuent des reprises.
Biber domine un programme brillant centré sur les maîtres viennois. Sa fameuse
Sérénade à 5, celle du « Veilleurde nuit », est bien au
rendez-vous. Admirez la clarté des lignes (quelle prise de son !) et
le dynamisme des tutti, qui ont un impact implacable avant la déclamation
sarcastique du Veilleur (le baryton Matthias Vieweg). Tout comme l’ironique
Balletti lamentabili, censé clore un carnaval avec ses faux regrets.
Dans les chants d’oiseaux et autres cris animaliers de la Sonata
representativa, Sophie Gent, qui a succédé à François Fernandez comme
premier violon du Ricercar Consort, semble stimulée par le fort caractère de son
violon, un Jacob Stainer viril et capricieux qui fut longtemps celui de Marie
Leonhardt. Les aigus piaillants mais jamais triviaux, des cocoricos hilarants et
une visite des mousquetaires de la Batallia bibérienne font merveille
sous l’archet volatil (c'est le cas de le dire) de la violoniste.
L’éditeur rend à Schmelzer cette Sonata longtemps attribuée à Biber.
Goebel en livrait une lecture plus expressionniste avec laquelle Sophie Gent
fait jeu égal. Tout le reste est au même niveau, comme la Sonataà
viol et viola de Schmelzer où Pierlot se lance dans des envolées éperdues.
Savourables effets de cloches dans la Sonata con altre arie, défendue
avec volupté par deux violons, trois violes, et le clavecin de Maude Gratton qui
enchaîne ensuite deux piécettes de Poglietti (une Toccatina célébrant la
révolte hongroise) et de Kerll. Il y a longtemps qu'un disque n'avait traduit
avec tant de verdeur et de raffinements les sortilèges d’un art qu’on ne saurait
qualifier autrement que de baroque, au plein sens esthétique du mot.
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