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Analyste: Paul de Louit On a pu négliger, derrière les projets à thème, quel pianiste était Alexandre Tharaud. Ces transcriptions, qu'elles soient de Bach ou de lui-même, viennent nous le rappeler. Une sonorité d'eaux troubles, dans lesquelles on voudrait plonger comme dans une vidéo de Bill Viola. Un art de la pédale qui se laisse oublier derrière sa subtilité. Une intelligence de la musique ancienne, avec son art de l'ornementation, toujours signifiante, et des arpeggiandos. Une capacité rare à faire chanter l'instrument.
Dans ces transcriptions dont la plupart sont de leur interprète, ce chant se déploie, pour citer Verlaine, « sur le mode mineur ». Littéralement, car deux pièces seulement y exceptent. Mais aussi par l'humeur et la manière. Plus encore que dans les deux Suites, Tharaud donne toute sa mesure dans la Méditation de Gounod sur le premier prélude du Clavier bien tempéré, tandis que le début de la Passion selon saint Jean engloutit les parties de chœurs et de vents dans une tristesse vague. Isolés, sentimentalisés, l' Adagio du Concerto BWV 974 d'après Marcello, la Sicilienne de la Sonate pour flûte BWV 1031 et celle du Concerto BWV 596 d'après Vivaldi ponctuent le programme de leur petite fleur bleue. Ouvertement et même outrageusement néo-romantique, ce Bach est le même qui émut le XIXe siècle. Mais on lui a coupé les cheveux : en dépit de coups de boutoir inattendus par-ci par-là, en dépit de la Fantaisie en ut mineur BWV 906, si Sturm und Drang, ou de la Suite en la mineur dans sa version augmentée (à l'attribution incertaine), c'est un Bach châtré d'une partie de sa force, intellectuelle et même expressive. Un Bach apollinien « pour chambre de malade ».
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