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Analyste: Loïc Chahine Dans son premier disque consacré à Weiss et Bach (ORF, 2003, Diapason Découverte ), Evangelina Mascardi avait déjà abordé le Tombeau sur la mort du comte de Logy. Les 5' 29'' d'alors sont devenues 8' en 2024. C'est que la luthiste prend aujourd'hui davantage de risques, tant en termes de rubato que d'expression et de nuances - jusqu'à oser faire claquer une corde grave çà et là. La clarté des plans n'a rien perdu, elle s'est même enrichie ! Le sobre monument de 2003 s'est mué en une ample méditation à fleur de peau, parcourue de cris étouffés, de larmes, de ruptures, de bribes de chant, d'accords déchirés… Bouleversant.
À l'autre bout du spectre émotionnel, l'Allemande de la Sonate no 33 en fa majeur a aussi des allures de méditation, mais solaire, avec une perfection dans les ornements toujours habitée. Comme la Courante file doucement sans oublier de chanter ! Et comme la Bourrée déploie son rayonnant charme mélodique ! Ecoutez, dans le bref Menuet, avec quelle subtilité Mascardi varie les sonorités pour souligner une modulation !
La concentration du Rondeau en ut mineur la trouve aussi à l'aise, avec dans le propos une urgence saisissante. Partout, le charme des mélodies de Weiss opère à plein. On admire la manière dont la musicienne murmure la Gigue en ut mineur, la distinguant bien du feu d'artifice acidulé qu'elle lançait dans celle de la Sonate no 33. Sa science des caractères permet à Mascardi de varier les climats, préservant les deux galettes de tout ennui.
Quel contraste, par exemple, entre l'envoûtante douceur de la Chaconne en mi bémol majeur, et le vertigo du Prélude en fa dièse mineur joué à la suite ! Déjouant les clichés, la Courante de cette Sonate no 48 s'enfonce dans la mélancolie tout en laissant filtrer quelques rais de lumière magnifiés par la belle sonorité de la luthiste. Et tout dans une subtile dramaturgie que rehausse encore une Bourrée pleine de noblesse. Si l'on a souvent loué la fermeté rythmique de l'interprète (pas si répandue chez les luthistes) et sa maîtrise technique, partout ici force l'admiration la gestion du temps, des résonances et des silences.
Après Saint-Luc (Diapason Découverte, cf. no 667 ), Bach (Diapason d'or, cf. no 711 ) et un programme Renaissance (Diapason d'or encore, cf. no 732 ), Mascardi ne cesse décidément de nous régaler.
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