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Analyste:
Frédéric Degroote Lauréat 2021 du Concours de musique ancienne de Bruges, le violiste italien Teodoro Baù s'est vu offrir l'opportunité, comme chacun de ses prédécesseurs depuis 2017, d'enregistrer son premier disque solo pour Ricercar, accompagné ici d'un autre lauréat, le claveciniste Andrea Buccarella. On connaissait des Sonates pour violon et basse op. 5 de Corelli les transcriptions pour flûte à bec, un peu moins celles pour viole malgré la gravure de Guido Balestracci (Tactus). Si un manuscrit français conservé à la Bibliothèque nationale de France constitue la source principale de cette version pour basse de viole, le gambiste explique dans la notice être reparti de l'original pour violon. Dès la Sonate n° 11 qui ouvre le florilège, l'oreille est saisie par la plénitude sonore de l'instrument, qui s'épanouit dans les moindres détails, traçant son chemin dans une sorte de liberté cadrée, en prenant appui sur un clavecin quasi orchestral. Les grave, preludio et adagio permettent à Baù de déployer de grandes arches où sa science de l'ornementation, qui doit beaucoup à la lecture de Geminiani, atteint un degré d'élégance tel que nous croyons redécouvrir Corelli. Le raffinement n'exclut pas un archet autoritaire et mordant, comme dans la Follia, n'hésitant pas non plus, dans les allegros ou les gigues, à repenser la ligne mélodique (à coups d'arpeggio, de « doubles » ornés, quintes en doubles cordes, etc.). Cette manière nous évoque les divines lenteurs d'Enrico Gatti dans ses enregistrements pour Arcana. Ici, certains mouvements atteignent même facilement une minute de plus que chez le violoniste. La palette semble infinie, la maîtrise confondante, l'éloquence sans cesse renouvelée. Le duo hédoniste que forment Baù et Buccarella édifie dans les six sonates choisies une architecture sonore captivante et proprement inouïe à la viole. Un jalon majeur dans l'histoire de l'interprétation corellienne sans nul doute, et un jeune interprète dont on ne peut déjà plus se passer ! |
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