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Diapason # 677 (03 /2019)
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Analyste: Vincent Agrech

Ô, marché cruel de la voix mâle angélique aux traits d'éphèbe! Voilà cinq ans, le trône médiatique de Jaroussky semblait promis à Valer Sabadus, suite à ses prestations remarquées au sein du boys band flamboyant réuni par Max­Emmanuel Cencic pour Artaserse de Vinci (cf no 624), puis dans Elena de Cavalli sous la baguette d'Alarcon (cf no 626). Et voici que les communicants n'ont plus d'yeux et d'oreilles que pour le petit prince Orlinski, sans d'ailleurs que le roi Philippe semble prêt à déposer son sceptre... Quel âge d'or les contre­ténors font vivre aux mélomanes ! On aimerait compter dans le chant wagnérien autant de personnalités talentueuses et singulières.

Sabadus renouvelle l'exercice redoutable du récital‑hommage à Farinelli, sur lequel tant ont échoué. Il décline au fil des époques l'amitié de l'illustre castrat et du plus grand librettiste de son temps, qui se côtoyèrent de 1720 à la fin de la décennie 1730 et correspondirent jusqu'à leur mort, survenue la même année 1782. Des sérénades napolitaines de Porpora aux cantates viennoises de Caldara en passant par l'opera seria, la collaboration entre Farinelli et Métastase se poursuivit durant la réclusion madrilène du chanteur, qui commandait pour d'autres castrats ou mettait lui­même en musique des textes du poète.

Dans les airs de bravoure de Giacomelli et Porpora, Sabadus fait admirer sa maîtrise virtuose et la sûreté de son émission jusque dans les sauts de registre les plus périlleux. Sans, malheureusement, que le timbre fascine, ni par ses couleurs naturelles, ni par celles que le contre‑ténor semble s'abstenir de chercher. Ce manque de variété se retrouve dans la diction, les dynamiques, le sens de l'ornementation et du phrasé. Comme si sa remarquable gestion du souffle entraînait Sabadus vers des lignes fluides et fières, mais dont le portamento véloce serait la base du vocabulaire, au détriment d'une autre articulation. Avec l'accompagnement énergique et sûr du Concerto Köln, on salue volontiers un artiste majeur dans un projet bien construit, en regrettant qu'il ne nous emporte pas dans un voyage qui nous aurait fait voir, sur des flots plus tumultueux, les étoiles chères au maître de la poésie ly­rique.                     


 

   

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