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Diapason # 677 (03 /2019)
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Brilliant Classics
95363BR




Code-barres / Barcode : 5028421953632

Appréciation d'ensemble:

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Analyste: Vincent Genvrin

Succéder au « vieux » Bach ne fut pas chose facile pour la génération de musiciens qu'il avait formée à Leipzig. Si son propre fils Cari Philipp Emanuei a mis le cap vers de nouveaux horizons, Johann Ludwig Krebs, né un an plus tard, est resté fidèle à son maître, se contentant d'une adaptation à l'air du temps. L’héritier prolifique aligne, au fil d'une carrière d'organiste sans prestige, un nombre impressionnant de préIudes, toccatas, fantaisies, fugues, trios et chorals.

Toutes frappées au coin d'une écriture impeccable, ces pièces souffrent dans une certaine mesure d'un « entre‑deux » stylistique. C'est vrai surtout des diptyques (prélude/ toccata et fugue), machineries contrapuntiques hors d'âge qui s'essoufflent - et se ridiculisent‑ à courir après le Sturm und Drang. Moins prétentieux, les trios sont davantage convaincants, quoique d'une sophistication d'écriture déjà surannée.

Paradoxalement, c'est sur les chorals que la « greffe » galante prend le mieux. Le compositeur choisit de préférence les mélodies les plus archaïques, lesquelles engendrent des contrastes inattendus et savoureux avec le nouveau style, tandis que le chrétien s'ouvre à une sensibilité sincère par le biais des textes. Surtout, le cadre formel imposé par les chorals se révèle salvateur pour un auteur qui maîtrise mal le temps et se lance trop souvent dans des développements dont lui‑même ne voit pas l'issue.

Manuel Tomadin manifeste une grande intelligence stylistique et un bon goût à toute épreuve. Il est aussi un virtuose, qui triomphe de la haute difficulté technique de ces pièces, particulièrement les trios. Tout au plus lui reprochera‑t‑on le choix de deux orgues des Pays‑Bas fort beaux en eux‑mêmes, mais éloignés de l'univers sonore de l'auteur : il leur manque les huit‑pieds nombreux et l'aigu chantant typiques d'Altenburg, où Krebs fut organiste de 1755 à sa mort. Le Silbermann de la Petrikirche  de Freiberg (moins connu mais aussi admirable que son « grand frère » du Dom) apparaît beaucoup mieux adapté, de même qu'un petit instrument italien récent, malgré des principaux un peu agressifs.

Au demeurant, cette parution pose le problème des intégrales, exercice auquel l'oeuvre de Krebs se prête moins que tout autre. Huit heures de musique c'est long, surtout sans les repères commodes qu'offrent chez Bach les recueils structurés et homogènes de chorals ou de sonates : en dehors de la Clavier­Übung I, l'auditeur s'égare dans ce dédale de pièces de jeunesse ou de la maturité, brèves ou (trop) longues, inspirées ou mécaniques. Pour s'en tenir à sept disques, il a d'ailleurs fallu faire des sacrifices, se limiter naturellement à l'orgue (la Clavier‑Übung comporte trois autres parties pour le clavecin), écarter les oeuvres avec instrument obligé, renoncer au moindre petit choral chanté, le tout sans avoir l'avantage de l'inédit puisqu'une autre intégrale existe (Motette, partagée entre plusieurs organistes).

Quels que soient le talent et les efforts ‑ réels ‑ de l'interprète, ce type d'approche en forme d'inventaire renforce les idées reçues : en l'occurence, que Krebs demeure un laborieux épigone de Bach égaré dans la galanterie. Le but d'une telle entreprise discographique ne de­vrait‑il pas être plutôt de remettre en question les préjugés ?


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