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Diapason # 673 (11 /2018)
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Analyste: Gaëtan Naulleau

Quelques mois après le Scarlatti de Justin Taylor (premier prix à Bruges en 2015, né en 1992) parait celui de Jean Rondeau (son prédécesseur en 2012, né en 1991). Si la santé de notre école française de clavecin, enviée dans le monde entier, se mesure aux contrastes des caractères et des styles qu'elle nourrit chez la jeune garde, nous sommes bénis ! Les deux intrépides se croisent dans la K 141, dont les rafales de notes répétées attirent plus souvent les pianistes. L'un et l'autre la dominent haut-la-main, si l'on ose dire, avec en prime chez Rondeau un instinct fabuleux de la mise en scène. Le silence qui brise quatre fois la trajectoire est négocié avec un culot inouï. Mais nous en avons déjà trop dit, surprise!

Un rapprochement plus signifiant, car soudé par le même clavecin opulent de Jonte Knif, nous  amène aux derniers albums de Pierre Hantaï. Concurrence redoutable quand on sait quelle aventure expressive et sonore les 555 sonates inspirent à l'aîné  depuis deux décennies. Rondeau s'y déleste à son tour des recettes usées et nous emmène en vadrouille loin du laboratoire.

S'il se plait à jouer les effrontés, il sait précisément « jusqu'où il peut aller trop loin ». Jusqu'où, par exemple, pousser l'effet de démarrages qui patinent avant de fixer l'allure d'un thème (K 119)... et de tordre à nouveau la pulsation. Sous ces doigts, les tunnels de motifs dupliqués jusqu'à l'agacement (marotte de Scarlatti) ne signalent pas les démons obsessionnels du compositeur: Ils sont plutôt les jeux d'un gosse avançant à colin-maillard, ou tapant sur son jouet favori par simple curiosité ‑ quand donc va-t-il craquer? Son rubato expansif, moins fondu dans l'alchimie musicale que celui d'Hantaï, n'est pas outré pour autant: il éclaire un propos touffu et, surtout, cristallise un désir de communiquer irrésistible. L'éventail des élans brutaux ou nonchalants impromptus ou contrariés (dès l'amorce de la K 180) se déploie dans un théâtre des humeurs où rien ne tient en place, mais où tout se tient, même l'invraisemblable K6, que visite une cousine ibérique et allumée de La Poule de Rameau. Le masque galant de Scarlatti restera dans le tiroir. Il n'aurait pas été inutile au début de la K 162. Mais d'une pichenette, le charisme de l'interprète évacue les réserves que la raison nous dicte. Comment lâcher une main si généreuse ? Il n'est certes pas interdit d'enjamber la K 208 placée en tête d'album ni d'oublier la K 481, à l'autre bout. Ces deux sonates lentes trahiront toujours un musicien qui se disperse. Le risque est, en principe, plus grand dans la longue K 132 en do majeur, qui plus est à ce tempo étiré sur dix minutes. Rondeau y invente une indescriptible odyssée, où tout, à chaque instant, devient possible.         

 


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