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Diapason # 672 (10 /2018)
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Alpha
ALPHA426



Code-barres / Barcode : 3760014194269

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Analyste: Denis Morrier

Composé à Venise vers 1697, et repris à la chapelle impériale de Vienne en 1713, cet oratorio italien de Caldara était tombé dans l'oubli jusqu'à ce que René Jacobs le ressuscite en 1995 avec une distribution de rêve (Maria Cristina Kiehr, Bernarda Fink, Andreas Scholl). Cette gravure éblouissante (Diapason d'or,et presse internationale unanime) risquait de plonger toute nouvelle proposition dans son ombre... à laquelle Damien Guillon échappe en posant sur la partition un regard bien différent de Jacobs. Cette alternative passionnante nous convie au théâtre plus qu'à l'oratoire.

Ludovico Forni a construit son livret autour du conflit intérieur (incarné par la rivalité de l’Amour terrestre et de l’Amour céleste) qui déchire Madeleine, la pécheresse pénitente, et que commentent et attisent trois dramatis personae : le Pharisien, Marthe et, pour une unique aria, le Christ. Jacobs avait privilégié une lecture à la fois pathétique et lumineuse, éminemment spirituelle. GuilIon anime une vision plus lyrique, où les passions s'opposent avec violence. Cette option transparaît dans la distribution: la voix radieuse et ardente d'Emmanuelle de Negri confère à sa Maddalena une intensité tragique, très éloignée de l'incarnation solaire de Maria Cristina Kiehr. En témoigne l'aria fameuse « Pompe inutili », où la soprano souligne les déchirements de l'âme plutôt que son introspection méditative, et où le violoncelle concertant propose une véritable relecture de sa partie, renonçant aux bariolages au profit du jeu polyphonique. Dans « Per il mar del pianto mio », portée par un ostinato de cordes au charme hypnotique, elle est à la fois incandescente et bouleversante, par son phrasé olympien et son soutien impressionnant. Cette musicienne exceptionnelle, souvent applaudie auprès de William Christie, trouve enfin, au disque, un rôle à sa mesure. Et I'ampIeur qu'elle confère à l'aria « ln lagrime stemprato » n'est pas moins magique que les trésors de rubato par lesquels Maria Cristina Kiehr suspendait sa ligne en apesanteur.

Comme Jacobs, Damien Guillon oppose Amour céleste et Amour terrestre en confiant l'un à un contre-ténor et l'autre à une contralto. Le chef assume le premier personnage avec conviction et éloquence, offrant dans « Spera consolati » une ornementation proprement céleste. Benedetta Mazzucato impressionne fortement dans son aria di furore «( « Orribili, terribili »), où sa voix s'épanouit avec aisance et égalité dans un très large ambitus.

Les autres dramatis personae suscitent des réserves : Riccardo Novaro campe un Fariseo laborieux (« Dove il re sapiente eresse »), tandis que le timbre vibrant et chaleureux de Maïlys de Villoutreys est terni par quelques aigus douloureux dans « Vattene corri volà ». Deux bémols qui pèsent moins dans la balance qu'un ensemble instrumental certes admirable de justesse et de cohésion, mais moins hardi, coloré et engagé dans ses sinfonie que celui de Jacobs (Chiara Banchini y tenait le rôle de Konzertmeisterin). La comparaison des solos de violon de « Da quel strale » est sans appel.

En dépit d'émotions fortes et de son intérêt, cette relecture ne saurait donc détrôner la réalisation princeps, miraculeuse à plus d'un titre.


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