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Diapason # 670 (07 - 08 /2018)
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Harmonia Mundi
HMM902331



Code-barres / Barcode : 3149020233122

Appréciation d'ensemble:

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Analyste: Gaëtan Naulleau
 

L’archet acteur

Dans deux concertos de Carl Philipp Emanuel Bach, une leçon de Riccardo Minasi et Jean‑Guihen Queyras: organiser l'exubérance. Enivrant.

La concurrence est rude. Sur cordes en boyaux (Bruns, Skalka, Alstaedt), comme en métal (Mork, Isserlis, Wallfisch), les concertos pour violoncelle de Carl Philipp ne connaissent que des réussites depuis quinze ans. Élégants et conquérants, sanguins et narcisses, romantiques et stratèges y trouvent tous un théâtre accueillant, où la musique passe impatiemment de caractère en caractère et d'une idée saisissante à l'autre. Vingt-cinq ans après le duel hautain et cinglant de Leonhardt et Bylsma (Virgin, Diapason d'or), Ophélie Gaillard triomphait, dans une intégrale des cinq concertos, par une invention sonore relayée dans le moindre détail par son fidèle Pulcinella (Aparté, idem). 

Si Resonanz, ce collectif-caméléon, s'avère aussi déterminant dans l'album de Jean-Guihen Queyras, c'est dans un tout autre rapport de force. Riccardo Minasi en fait un agent provocateur, qui décoche gifles et pieds de nez sous les tirades du soliste après avoir déboulé (début du Concerto en la mineur) avec le regard ahuri d'un acteur courant en scène annoncer la chute de Troie. 

Oreille absolue 

Cette image, Minasi l'articule à cent autres avec une maîtrise du timing et une efficacité des transitions bluffantes. Son oreille, connue pour entendre absolument tout quand ce violoniste prend la baguette, est un autre atout pour savoir « jusqu'où il peut aller trop loin », dans un rôle qui déstabilise et rehausse à la fois l'intensité de la partie soliste. Queyras ne demande pas mieux: il garde le cap tantôt en grand seigneur, tantôt en faune rêveur (des trésors de nonchalance dans le premier allegro du Wq 172) et sort les crocs quand personne ne s'y attend plus. Ses cadences seront toutes des sommets. 

Le finale du Concerto en la majeur posera tout de même le point limite d'une recherche qui multiplie les champs-contrechamps. Des versions plus simplement jubilatoires, qui se laissent porter par l'élan irrésistible de la ritournelle, donnent aussi bien le change dans ce mouvement. Mais on l'écoute groggy après le Largo mesto (et non maestoso !). Les contemporains de Beethoven voyaient, au coeur de son Concerto pour piano no 4, la descente d'Orphée aux enfers: Minasi et Queyras la lisent ici. Gémissements, contours mélodiques incertains, suspensions, textures blafardes, portamentos bizarres, ombres errantes. Un tableau qui serait grotesque s'il n'était génial.


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